Le droit d'hébergement du père convernant un bébé

Ce texte développe un article du Dr Maurice BERGER* paru dans la Revue Dialogue, 2002, n° 155, p. 90-104 - Août 2003

*Chef de service en psychiatrie de l'enfant au CHU de St Etienne -Professeur associé de psychologie de l'enfant à l'Université Lyon II - Membre de la Société Française de Psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent

 

LE DROIT D'HEBERGEMENT DU PERE CONCERNANT UN BEBE

Un couple divorce, qui a un bébé. Si, il y a quelques années, la situation était généralement "réglée" en laissant une place assez restreinte au père d'une manière qu'on peut qualifier d'injuste, il n'en est plus de même aujourd'hui. C'est un progrès certain, mais qui est lui-même porteur de risques importants pour le développement de l'enfant si certaines précautions ne sont pas respectées, comme nous le constaterons.

C'est pour les nourrissons et les très jeunes enfants, jusqu'à environ 3 ans, que se posent avec le plus d'acuité les questions suivantes. Le père peut-il remplacer la mère dans les premières années de la vie de l'enfant, pendant combien de jours, et à partir de quel âge ? Quel est le rythme de rencontre nécessaire pour que le père soit une personne signifiante aux yeux de son enfant ? A partir de quel âge peut-on envisager une garde alternée sans dommage pour l'enfant ? Il est souhaitable de réfléchir à ces questions en prenant le point de vue de l'intérêt de l'enfant, hors des mouvements idéologiques actuels. Ce n'est pas parce que des personnes forment des groupes de pression qu'elles ont forcément raison, mais peut-être a-t-il fallu la création de tels groupes pour sortir d'un certain immobilisme.

Si l'on s'en tient aux connaissances actuelles reconnues par la communauté scientifique, on peut affirmer que le père a une place spécifique à prendre auprès de son bébé, importante pour son développement affectif, mais qu'elle n'est pas équivalente à celle de la mère. Ce n'est pas parce que père et mère ont une égalité de droit au niveau de l'autorité parentale qu'ils sont à égalité dans le psychisme du bébé. Ce n'est pas parce que des adultes décident d'exercer différemment leur rôle parental dans une société en évolution que les besoins relationnels des bébés changent. Ils sont les mêmes depuis des siècles et demeureront toujours les mêmes. Et la manière dont la co-parentalité est présentée par certaines personnalités politiques est incompatible avec plusieurs de ces besoins essentiels.

Le divorce de parents qui ont un nourrisson ou un très jeune enfant confronte donc à une sorte de quadrature du cercle, avec des impératifs partiellement contradictoires.

En effet, cet enfant a besoin, et cela d'autant plus qu'il est plus jeune, de vivre dans un environnement stable, et en particulier de bénéficier de la présence continue d'un (ou deux) adulte(s), toujours le (ou les) même(s) ; les interactions maternelles et paternelles ne sont pas égales mais complémentaires ; la mère est investie par le bébé comme une personne plus sécurisante que les autres. Or il apparaît que de plus en plus de juges des Affaires Familiales ne tiennent pas suffisamment compte de la spécificité de cette situation, et que le petit enfant ne bénéficie pas du "principe de précaution" qu'on serait en droit d'attendre dans un tel contexte. Nous ne pouvons pas jeter aux orties un savoir dont la validité a été vérifiée. Et il est trop optimiste de compter sur les qualités de résilience du bébé, c'est-à-dire la capacité de s'adapter à des conditions difficiles, car tous les enfants petits n'ont pas ces capacités. Et d'ores et déjà, dans notre pratique, nous constatons l'apparition d'une souffrance psychique parfois très importante chez les nourrissons soumis à des éloignements répétés et prolongés d'avec leur mère. Nous pouvons affirmer que la Justice française crée actuellement une pathologie quasi expérimentale dont les conséquences apparaîtront dans quelques années. Nous n'avons aucune certitude sur le fait que ces conséquences seront réversibles ou traitables.

Un détour théorique se révèle ici inévitable pour comprendre quels sont les enjeux, du point de vue du bien-être de l'enfant.

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